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Le duo Joana Hadjithomas et Khalil Joreige exposent à Dubaï (17/04/2012)

A l'occasion de la tenue de leur exposition 'Lebanese Rocket Society: part III, IV, V' du 19 mars au 19 avril 2012 à la galerie The Third Line à Dubaï, Entretien avec Joana Hadjithomas et Khalil Joreige pour l'Agenda Culturel.

Votre travail est à l'honneur avec une exposition rétrospective à Beyrouth, un nouveau projet pour le Prix Abraaj et l'exposition d'une partie de votre projet 'Lebanese Rocket Society' à la galerie The Third Line de Dubaï. Est-ce que cette attention de la part du public et de la critique marque un chapitre majeur dans votre carrière artistique ?
Oui en ce moment c'est une période intense et assez enthousiasmante ! On travaille depuis plusieurs années sur deux projets importants qui sont celui de 'Lebanese Rocket Society' et le projet de 'A letter can always reach its destination' qui a gagné le Prix Abraaj. Le premier est un projet global : un long métrage documentaire et une série d'installations photographiques, vidéo avec même la confection d'un tapis et la reconstitution d'une fusée de 8 mètres, la Cedar 4, que nous avons offerte à l'Université Haigazian où ce projet spatial a commencé.
Une de notre particularité c'est de ne pas définir notre travail, mais d'opérer plus comme des chercheurs. Nous produisons des films et des œuvres artistiques souvent en même temps, ce qui lie les choses de façon thématique. Ici c'est différent, c'est la première fois que les œuvres artistiques se retrouvent dans le film, et que le film fait partie de la recherche artistique de façon si immédiate.
Le cinéma et le monde de l'art sont deux territoires très séparés et nous avons voulu les rassembler dans ce projet qui s'y prêtait parfaitement. C'est ça aussi qui donne cette ampleur au projet.

'Lebanese Rocket Society' est un projet articulé que vous êtes en train de développer sur une longue durée. Dans quelle perspective le monument reconstruit, les photos, l'installation vidéo et le tapis dialoguent et contribuent à la création d'un point de vue ?
'Lebanese Rocket Society' est un projet qui nous a beaucoup enthousiasmés car au départ nous avons été très interpellés par une image représentant une fusée aux couleurs du drapeau libanais, une fusée et un projet spatial dont on n'a jamais entendu parler. Les recherches ont alors commencé et nous avons rencontré les personnes qui ont rêvé et créé ce projet spatial : Manoug Manougian, les étudiants de la Haigazian University, le général Youssef Wehbé, Joseph Sfeir... Leurs récits étaient extraordinaires, une vraie aventure scientifique. Il y a une dimension épique et pour nous, c'était un souffle très important dans le projet, un peu romanesque aussi. La question était de comprendre pourquoi ce projet a été ainsi oublié, n'a pas laissé de trace dans l'imaginaire collectif libanais. Ce qui est étrange car le projet faisait la première page des journaux, les fusées étaient lancées à l'occasion de la Fête de l'indépendance, un timbre a été édité à cette occasion. C'est donc pour nous une façon de réfléchir sur ce qui demeure dans l'imaginaire et ce qui s'en trouve exclu. De plus, ce projet a lieu dans les années 60 ; il commence en 1960 et s'arrête (on l'oblige à s'arrêter plutôt) en 1967, ce sont des années importantes, celles de l'élan révolutionnaire à travers le monde, le panarabisme, le grand rêve arabe et puis la défaite arabe... Cela permet de se questionner sur la nature de nos rêves hier et aujourd'hui, sur la façon dont on se perçoit et sur ce que nous avons hérité de tout ça. Ces installations que vous citez sont aussi un hommage aux rêveurs et aussi à l'envie de rêver au présent.

Vous travaillez avec les archives, pas nécessairement avec des archives authentiques. Comment voyez-vous et interprétez-vous la relation entre le matériel d'archive (qui suppose un certain niveau de scientificité), la mémoire collective et le pouvoir imaginatif de la création artistique ?
Généralement, nous utilisons des archives que nous trouvons et que nous ne créons pas (même si ça a pu nous arriver mais c'est assez exceptionnel). Nous n'avons pas de nostalgie vers le passé et nous n'idéalisons sûrement pas les périodes antérieures. Nous partons de ces archives pour produire quelque chose de nouveau, pour réactiver ces archives au présent. C'est la réunion de l'archive, de la mémoire ou du souci de l'histoire (qui est surtout ce qui nous préoccupe) et de la façon artistique de revisiter l'archive avec respect. C'est vraiment la mise en présence de deux temporalités passé et présente, car c'est, surtout et avant tout, vivre le présent qui nous intéresse. Nous partons par exemple de l' histoire des orphelines arméniennes qui ont créé une manufacture de tapis à Ghazir dans les années 20 pour produire un nouveau tapis aujourd'hui, ou encore le récit d'un Golden Record - sorte de bouteille à la mer interstellaire transportant des sons de la terre à l'attention d'éventuels extraterrestres, et envoyé dans les années 70 dans l'espace dans des sondes Voyager censées se rapprocher d'une étoile dans 40.000 ans pour créer un Lebanese Golden Record avec les sons de la terre et du Liban plus particulièrement... Voici certaines des relations que nous établissons...

Cristiana de Marchi // Agenda Culturel