Abbout Productions
Search
Join Us On

LATEST NEWS

Balle Perdue - Critique (avoir-alire.com) (23/11/2011)

Avec sa mise en scène épurée, Balle perdue dresse un portrait sans concession d’un pays en pleine guerre civile. Enthousiasmant et étouffant à la fois.

L’argument : Fin de l’été 1976, banlieue nord de Beyrouth. Noha est sur le point de se marier. Les siens sont soulagés de la voir saisir sa dernière chance avant de passer à la trappe et coiffer le bonnet de vieille fille que porte déjà tristement sa sœur aînée. Tout va bien dans le meilleur des mondes et pourtant, en ce dimanche, à quinze jours des noces, alors que le soir même son frère aîné organise en son honneur un dîner convivial, Noha change d’avis : Elle ne veut plus se marier…

Notre avis : Né au Liban, le réalisateur Georges Hachem y a vécu durant toute son enfance et son adolescence avant de faire ses études de cinéma en France. De retour dans son pays d’origine, il évoque à travers ce tout premier long-métrage le Liban de la guerre civile qu’il a si bien connu lorsqu’il était jeune. Débutée en avril 1975, la guerre qui oppose les communautés chrétiennes et musulmanes du pays a connu une période d’accalmie durant l’année 1976 par l’intervention d’une force de frappe syrienne qui a mis sous cloche les tensions internes du pays (qui resurgiront de plus belle dans les années 80). C’est durant cette période que le cinéaste a choisi de situer son premier essai, afin de sonder avec encore plus d’acuité les failles d’une nation déchirée. Malgré l’apparence de paix qui règne dans les rues, la guerre se lit sur tous les visages et se ressent à travers les nombreux discours de haine qui émaillent le film. Au milieu de cette tension toujours plus palpable, Georges Hachem évoque également la condition féminine dans un pays où le sexe supposé faible est totalement soumis aux hommes (la femme est sous l’autorité du père, du frère, puis du mari).

Le personnage principal, incarné avec une puissance de jeu qu’on ne lui connaissait pas, par la superbe Nadine Labaki, subit l’ire de son entourage par sa farouche volonté d’indépendance. Après un premier mariage tombé à l’eau, la jeune femme se voit dans l’obligation d’épouser un homme plus âgé qu’elle alors qu’elle ne l’aime pas. Toutefois, cette histoire n’intéresse pas vraiment le réalisateur qui préfère de loin évoquer les troubles internes de son pays à travers le destin d’une famille déchirée. Dans Balle perdue, tout est affaire d’ambiance. Grâce à une bande son lourde et menaçante qui évoque parfois les délires sonores d’un David Lynch, le cinéaste parvient à créer une atmosphère étouffante, encore renforcée par l’emploi de plans-séquences en caméra fixe. Avec son montage compact (le film ne dure qu’une heure et quinze minutes) et ses plans qui ne respirent pas, Balle perdue est une expérience éprouvante où la violence insoutenable ne s’exprime jamais vraiment, mais se ressent à chaque seconde. Lors de quelques magnifiques plans sur une nature luxuriante, Georges Hachem semble vouloir côtoyer des auteurs aussi importants et rigoureux que Tarkovski ou encore Bresson. On est donc bien ici dans le cadre d’un cinéma épuré et exigeant, mais qui en dit finalement plus sur l’état d’un pays que de longs discours. Avec ce très beau coup d’essai récompensé à juste titre dans de nombreux festivals, Georges Hachem se place donc d’emblée dans la liste des auteurs à suivre de très près.

Virgile Dumez // www.avoir-alire.com