Abbout Productions
Search
Join Us On

LATEST NEWS

Balle perdue : droit au coeur (23/11/2011)

A la fin de l'été 76, dans un Beyrouth assiégé par la chaleur et ravagé par la guerre, Noha et son entourage profitent de la trêve pour réapprendre à vivre. La violence, dont on n'entend qu'une lointaine mais constante rumeur, fait place, l'espace d'un instant, aux vives manifestations de l'amour. Balle perdue va droit au cœur et prend soin de ne pas épargner les tripes.

Le choix de Noha: Noha, Nadine Labaki, une Libanaise aux formes coulées de bronze et à l'humeur trempée d'acier, doit se marier dans une dizaine de jours. Mais sous le soleil ardent qui domine la capitale, ce ne sont ni le bonheur, ni l'impatience qui semble étouffer la belle. Le poids d'un doute l'oppresse chaque jour un peu plus, celui de l'imminence d'une erreur dont elle ne pourra bientôt plus se dépêtrer. Cette erreur se nomme Jean, Nazih Youssef, le choix est raisonnable mais ressemble à une impasse, à sens unique et sans issue. Son alternative porte le doux nom de Joseph, Rodrigue Sleiman, l'irrépressible cri du cœur. Envers et contre tous, Noha décide de le revoir. Une rencontre inutile et clandestine qui ne fera que planter du sel dans des plaies encore béantes.

C'est une femme libérée, tu sais c'est pas si facile: La fin de l'été 1976 marque pour le Liban le début d'un trêve dans lequel beaucoup ont espéré voir les prémices de la paix. Il n'en fut rien, et pendant 15 ans, le pays subit une violente guerre civile. Sous des brushing exubérants et des robes à motifs fleuris, l'apprêt délicat des Libanaises est là pour maintenir l'illusion ; la mine grave des hommes elle, rappelle que si l'organisation de la société est dure c'est parce que la vie l'est tout autant. Noha tente de s'affranchir tant bien que mal de l'inflexibilité des codes féminins tout en refusant la violente réalité que lui impose les hommes. Astre lumineux autour duquel gravitent une multitude de passions, de pressions et de responsabilités, Noha porte avec grâce le poids d'un film dans lequel l'image, plus que n'importe quelle répliques, est vectrice de sens. À chacune de ses moues capricieuses, on reste accroché aux délicats mouvements de ses lèvres charnues, à chacune de ses silencieuses consternations, ce sont les fines amandes qui lui servent à pleurer qu'on tente de cerner, sans jamais parvenir à les percer.

De la soul et du sang: Le scénario s'en tient à cette lutte ancestrale d'un éléctron libre, intense et fou qui bute sans cesse sur la rigide paroi d'une famille qui fait office de chape de plomb. Mais l'intérêt du film réside autre part, dans la qualité des acteurs d'abord qu'on croirait tout droit sortis des années 70, une décennie intense et sanglante mais drapée de poils, de funk et de paillettes. On pourra regretter le côté Feu de l'amour qui, parfois encombre l'esprit du spectateur d'un foisonnement de noms de beaux-frères et de vilaines tantes, mais l'image incite à s'accrocher. Georges Hachem arrive avec finesse à retranscrire la fragilité d'un amour (avec une famille ou un amant) assiégé par la violence et qui, tentant de s'épanouir comme si de rien était, voit son écrin touché, entamé puis fissuré, de façon aussi brusque que fatale, par une balle perdue.

Paul Gevin // www.toutlecine.com